8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 11:20

 

 

 

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Cette semaine, un peu de nostalgie…je vais vous parler d’un moulinet que j’ai acheté il y a 20 ans (1994), le Quick Exquisite 535 de DAM. Je l’avais payé une petite fortune à l’époque : 805 francs ! C’est-à-dire 122 € d’aujourd’hui, en fait un peu plus compte tenu de l’inflation. Cet achat avait été motivé par l’apparition des tresses sur le marché que je voulais absolument tester, il me fallait donc un moulinet à double oscillation pour éviter les perruques, d’autant plus que les premières générations de tresses étaient loin d’être rondes et le choix restreint (Torx de Waterqueen ou Corastrong de Cormoran).

Peu de moulinets disposaient alors d’un système de rangement du fil à double oscillation, à part Shimano (les premiers Stradic et Symètre venaient tout juste de faire leur apparition), quelques Daiwa hors de prix et DAM. J’avais choisi le DAM à cause de son frein « exceptionnel de précision » selon la publicité, pour la qualité made in Germany et aussi parce que son look me convenait mieux.

 

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Ce moulinet m’a accompagné de nombreuses années. Il avait ses qualités et ses défauts, mais dans l’ensemble c’était un compagnon fiable et il a mis au sec un nombre considérable de brochets, de sandres et de perches. La technologie a évoluée et je l’ai peu à peu délaissé pour d’autres moulins plus pointus, mais c’était en son temps l’un des meilleurs de sa catégorie. En ce mois de février venteux et pluvieux, j’ai décidé de l’autopsier pour la dernière fois afin de vous montrer en quoi il avait plusieurs années d’avance sur ses concurrents.

D’un poids de 297 gr, et d’une capacité de bobine de 130 m de 30/100, c’est le moulinet typique « lancer léger » de l’époque. Son bâti est en polymère, mais toutes les autres pièces sont en métal, y compris les deux bobines.


Le frein

 

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  C’était l’argument de vente principal de ce moulin:un excellent frein. La pile supérieure est constituée de 3 rondelles de feutre assez épaisses et bien graissées. Le bouton dispose d’un ressort doux et progressif qui permet en effet un réglage très fin. Mais c’est en dessous de la bobine que se trouve la bonne surprise : un double roulement à bille soudé pour diminuer encore l’inertie. Actuellement, seuls les moulinets très haut de gamme se permettent ce luxe (bien que le nouveau Penn Conflict en possède un lui aussi) ! L’ensemble donne donc un frein extrêmement régulier et doux, indéréglable. On n’a pas fait mieux depuis en termes de douceur. C’était vraiment ingénieux et élégant. Bien que d'une puissance assez modeste (autour de 3kg) il n'a jamais été pris en défaut, même avec de belles carpes au bout du fil.


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Le Pick-up

Très doux au déclenchement grâce à son ressort à compression. Trop doux ! J’ai pesté plus d’une fois à cause du rabat intempestif de l’anse de panier lors des lancers… c’était son principal point faible. J’ai d’ailleurs fini par intercaler un bout de caoutchouc dans le mécanisme pour empêcher cela !

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Le galet est en laiton chromé dur, pas assez résistant soit disant pour la tresse mais il est monté sur un palier efficace qui le fait tourner sans effort, ça compense. En plusieurs années d’utilisation, je n’ai pas réussi à l’abimer. A peine voit-on une partie plus brillante à l’endroit où passe le fil.


La manivelle

 

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Inspirée du mécanisme des Mitchell 300, elle est en alu et la poignée en palissandre, bois exotique très dur dont on fait aussi des manches de couteaux. Une petite touche de luxe appréciable… L'axe de la manivelle est fixé sur la roue de commande par une vis côté droit du boitier, et la section hexagonale fait le reste. C'est la roue de commande qui est portée par les roulements et non l'axe de la manivelle, comme je le croyais...

 


Le rotor et l’anti-retour

 

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Classiquement, l’anti-retour des anciens moulinets était situé à l’intérieur du carter, un mécanisme à crémaillère se greffant sur un engrenage quelconque. Ici, on voit l’embryon des anti-retours actuels, situés sous le rotor. La seule différence est que le mécanisme (toujours une crémaillère) ne bloque pas l’axe mais le rotor lui-même grâce à une série de dents. Comme il est situé tout près de l’axe, un nombre réduit de crans suffit pour avoir un arrêt multi-position. Ceci dit, le recul est encore important. Mitchell inventera ensuite l’antiretour « instantané » situé à l’extérieur du rotor, mais c’est finalement les roulements à rouleaux qui permettront d’avoir  l’antiretour infini tel que nous le connaissons aujourd’hui. N’empêche, ce dispositif était innovant et tout à fait performant.


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A noter que la mise ne action de l’anti-retour s’effectue par l’arrière à l’aide d’un bouton-poussoir pas très commode qui nécessite l’usage d’une longue tige qui traverse le carter. Il aurait été plus simple de le placer directement sous le rotor.

 

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Une fois enlevé le mécanisme d’anti-retour, on peut voir aussi que le roulement du pignon est protégé par un anneau de caoutchouc, chose rare encore de nos jours. L’étanchéité de ce roulement crucial était donc assurée.

 


L’axe principal

 

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En acier inoxydable d’excellente qualité, on ne peut pas l’attirer avec un aimant, ce qui prouve sa haute teneur en chrome et en nickel. Beaucoup d’axe sur les moulinets actuels sont en acier simplement anodisé (bichromaté).


Le pignon


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En laiton, on a vu qu’il était soutenu par un roulement étanche. Sa caractéristique est qu’on ne peut le retirer que par l’arrière, côté carter, après avoir retirée la came d’oscillation.


La roue de commande

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Elle est vraisemblablement en aluminium recouvert d’une couche de bronze marine. Ce procédé permet de gagner du poids et on obtient une meilleure protection contre l’oxydation. On peut voir les initiales de la marque au verso. C’est une excellente roue, mais elle aurait pu être un peu plus grande à mon avis, pour gagner en puissance et en rapidité.


Le mécanisme de double oscillation

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On retrouve ici la fameuse came en « S », qui a servi pour d’innombrables modèles de différentes marques. Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas le meilleur procédé au niveau fluidité, mais l’enroulement obtenu est parfait. Un joint en laiton a été intercalé entre la roue à ergot et le fond du carter, mais la came d’oscillation ne peut faire autrement que frotter sur elle, provoquant à la longue une usure conséquente et un bruit caractéristique de « moulinet ensablé », bien qu’il n’y ait pas le moindre grain de sable dans les engrenages. Bref, ça frotte et on n’y peut rien, comme on peut le voir ici en détail sur la roue profondément rayée. On peut évidemment diminuer les frottements en intercalant un palier en téflon et un anneau en caoutchouc sur l’ergot, mais autant passer alors à des systèmes d’oscillation différents. La came en « S » est simplement le système le plus économique, c’est pourquoi on le retrouve si fréquemment.

 

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L’enroulement est légèrement bombé (en tonneau !) mais il est très efficace et je n’ai jamais eu à m’en plaindre, que ce soit pour la tresse ou le nylon.

 

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Une fois toutes les pièces démontées et nettoyées, il n’y a plus qu’à les remettre en place avec un peu de graisse neuve sur les engrenages et une goutte d’huile sur les roulements. Désormais, mon Quick 535 est rangé au titre de pièce de musée, bien qu’il soit encore en parfait état de marche.  Je n’ai pas gardé la boîte lors de son achat, et je le regrette aujourd’hui. Donc ne jetez jamais les boîtes de vos moulinets neufs, vous verrez qu’elles ont aussi leur charme quand on les examine 20 après !

 DAM a depuis évolué comme toutes les autres marques: délocalisation de la production et uniformisation des modèles selon les standarts mondiaux. Mis à part le Quick 1000 encore produit en Allemagne et dont je vous reparlerai plus en détail (c'est un moulinet exceptionnel), le niveau a baissé malheureusement. L'excellence est désormais Japonaise et, dans une moindre mesure, Américaine. Les modèles du passé n'ont cependant pas à rougir si on les compare avec ce qui se fait aujourd'hui, et on souhaiterait que ce savoir-faire ne soit pas perdu à jamais...

 

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La semaine prochaine, je vous parlerai du fameux Quartz de Mitchell, autre moulinet très intéressant à analyser puisqu'il marquera le point final de la production Française en la matière.

 

 

Texte et Photos : Jean-Paul Charles

 

 

 


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commentaires

Sylvain 11/02/2014 14:04

Un article qui replonge dans les souvenirs!
J'avais à la même époque acheté l'exquisite 540 (380gr)pour équiper une shogun 2.90m et tester comme vous la tresse Corastrong.
J'avais hésité avec le DAIWA tournament SS mais la perfection du frein micrométrique DAM, les roulements sur l'axe et sa belle manivelle avaient fait pencher la balance.
Un moulinet qui vieillit bien avec les mêmes défauts constatés: pick-up trop mou,anti-retour perfectible, petit bruit de frottement mais votre autopsie façon Alan HAWK m'a éclairé sur ce sujet.Pour
pinailler j'ajouterai léger jeu de la poignée bois, lettrage sur la bobine peu résistant et vibrations à la récupération.Ceci dit un vrai haut de gamme, très novateur à l'époque que DAM éclipsa
avec le QUICK ROYAL MDS et son futuriste frein magnétique, ses pièces anti-corrosion plaqués or 18k et une somptueuse boîte en bois...un bijou!L'Exquisite bénéficiera ensuite des mêmes avancées
pour un moindre prix:frein MDS(magnétic drag systèm), AVS (système anti-vibration) et détail pas commun :une manivelle réglable.Malgré ces améliorations, son nouveau look trop différent du modèle
précèdent ne m'avait pas provoqué de coup de cœur.
DAM a fait de très bon moulinets avec des matériaux et des solutions techniques innovantes,cela change du perpétuel intérêt pour DAIWA/SHIMANO.
Un plaisir de lire vos comtes-rendus moulinet, les test revues et autres devraient s'en inspirer et toucher de temps en temps à un tournevis.Bravo!

Jean-Paul Charles 11/02/2014 20:09



Merci pour vos compliments,mais je n'arrive pas à la cheville de Maître Hawk en matière de moulinets! Je bricole, et j'essaie de comprendre comment ça marche... En ce qui concerne le Royal MDS,
je n'avais pas les finances pour l'acheter à l'époque, mais il était de toute façon trop lourd, justement à cause de son frein magnétique. Par contre, j'ai acheté récemment le Quick 3000 FD,
c'est un excellent moulinet qui vaut largement son prix (si vous l'achetez en Allemagne) et dont la technologie le rapproche du Abu Suveran. Il a des défauts, j'en parlerai dans un prochain
article, mais dans l'ensemble il est nettement supérieur aux productions Niponnes. Et garanti à vie... A ma connaissance, c'est le seul du marché. La plupart des pêcheurs achètent leurs moulinets
sans savoir ce qu'il y a réellement à l'intérieur, et j'avoue que je faisais de même il y a encore peu, mais grâce à internet et à la diffusion d'infos qui échappent à l'intox des fabricants, on
y voit plus clair! Le moulinet parfait n'existe pas, mais on peut au moins dire pourquoi certains fonctionnent mieux que d'autres...



La Pêche est un art...

Bienvenue sur mon blog, dédié à la pêche en lac dans le Sud-Est de la France.

Grand amateur de leurres depuis plus de trente ans, je n'en aime pas moins toutes les formes de pêche. Vous trouverez ici des techniques, des tests de matériel, des coins de pêche, des reportages, des coups de gueule et des digressions dont j'ai le secret... Ma parole est libre.

Vous pourrez lire aussi dans l'onglet "dossiers" certains des articles que j'ai publié dans le blog de mon ami Sylvain l'Esoxiste, infatiguable journaliste halieuthique et grand pêcheur devant l'Eternel.

Pour moi, la pêche est un art; un art de vivre et un art tout court.

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Curieux, ouverts, contestataires ou bretteurs, j'accepterai volontiers de débattre avec vous, si vous avez le sens de l'humour!

Bonne lecture.

 

Jean-Paul Charles