28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 11:25

 

 

 

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J’ai acheté ce moulinet il y a une quinzaine d’années aux puces, du temps de ma collectionnite aigüe. C’est l’un des rares que je n’ai pas revendu à cause de son aspect général assez déplorable. Je comptais m’en servir pour récupérer des pièces de rechange et retaper des Luxor en meilleur état, puis j’ai fini par l’oublier dans une caisse jusqu’à aujourd’hui.  Si je l’exhume à nouveau, c’est pour vous montrer l’incroyable robustesse de cet engin déjà fameux en son temps.

Les premiers Luxor furent fabriqués dès 1935, sous la houlette de Pezon et Michel qui les distribuaient, bien que leur invention revienne à l’ingénieur Paul Mauborgne. Le modèle saumon-mer date de 1958, ce moulinet a donc au bas mot 50 ans…

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Réputés pour leur solidité, on se les passait de père en fils en les rafistolant quand il le fallait, d’où l’état assez limite de mon exemplaire ! La peinture a presque disparue, la manivelle est d’origine mais elle a été ressoudée, le pied est cassé aux deux extrémités et le bouton de frein aussi est cassé et incomplet. Qu’importe, l’intérieur est intact et c’est cela qui compte pour moi aujourd’hui. Je dois quand même préciser que j’ai dû le débarrasser de 50 ans de graisse noire et de saloperies accumulées dans le carter, mais c’est peut-être d’ailleurs ça qui a protégé son mécanisme finalement.


La bobine

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Le moulinet pèse 590 gr, il est entièrement en aluminium, sauf la bobine qui est en matière plastique noire. Bakélite ? Je ne sais pas. Elle a en tout cas traversé les années sans se fissurer, seule la lèvre supérieure est un peu écornée. On note qu’elle est ajourée sur le haut, déjà. Elle vient se fixer sur les trois ergots du mécanisme de frein. Son diamètre est de 7,3cm.

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Le frein et l’axe

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Situé sous la bobine, le frein se compose d’une pièce en aluminium et d’un gros disque de feutre. Il y a un système d’anti-retour qui empêche la bobine de tourner à gauche en cas de traction. Le ressort est intact et le dispositif fonctionne encore parfaitement. Le bouton de frein est gradué de 1 à 10, ce qui permettait de le régler finement. Complètement bloqué par la corrosion, je n’ai pas pu l’ouvrir mais il doit y avoir un ressort à l’intérieur. Il manque aussi sûrement une rondelle métallique qui devait porter sur l’avant de la bobine. Ce frein devait avoir une puissance de 5 kg environ, mais il aurait pu être encore plus fort si la pile avait comporté d’avantage de disques, surtout que l’axe mesure 7 mm de diamètre.

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En acier, mais bizarrement pas en inox, il est robuste et supporte la platine du frein à l’avant et la came d’oscillation à l’arrière. Il n’est que très peu rouillé dans l’ensemble et les filetages sont intacts.

 


La roue de commande et l’antiretour

Le carter s’enlève très simplement avec  3 vis, et on accède directement au train d’engrenage :

 

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J’adore cette photo ! L’énorme roue de commande en bronze y apparait dans toute sa splendeur. On n’avait pas lésiné sur les dimensions et la qualité du matériau ! Cette roue mesure 58 mm de diamètre pour un poids de 63 gr… Je crois bien que même les plus gros Van Staal modernes, qui utilisent des engrenages similaires, n’atteignent pas ces dimensions !

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Les dentures de la roue sont droites et de profil carré. L’ergot de la came d’oscillation est situé directement dessus, c’est d’une grande simplicité et d’une grande solidité.

 


LUXOR 8304LUXOR 8319De l’autre côté, on voit les crans massifs de l’anti-retour. C’est également le système de crémaillère le plus balèze que j’ai pu voir sur un moulinet.  Il est actionné côté carter par un ressort et un cliquet. Il fonctionne toujours, mais inutile de vous dire que la distance de recul de la manivelle entre chaque cran est de plusieurs centimètres, c’est du violent !

 


Le pignon

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Tout un poème ! Ce pignon en acier inox est couplé avec un énorme roulement à cage, qui lui est en acier standard, c’est une disposition inédite. Un manchon en laiton traverse l’ensemble pour le passage de l’axe, raffinement supplémentaire, il aurait pu être en acier. A l’autre extrémité, une platine sur laquelle est vissé le bol, qui pourra tourner  sans friction grâce au roulement. Cela préfigure les axes flottant actuels ! Là non plus on n’a pas lésiné avec les coefficients de sécurité, ce pignon est indestructible. Pour que ce soit parfait, il aurait fallu que le roulement soit en inox lui aussi, c’est un choix étrange que de l’avoir laissé en acier simple. Il fonctionne cependant encore très bien après nettoyage.

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Sur cette vue, on comprend bien comment fonctionnent les engrenages coniques du Luxor. On reste admiratif devant leur solidité… :

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Le mécanisme d’oscillation

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La came d’oscillation se compose d’une pièce très simple qui est fixé sur l’axe par un écrou. Elle est entraînée par l’ergot de la roue de commande et coulisse sur deux « patins » qui font partie intégrante du carter. Il y a pas mal de frottements, mais comme les pièces sont surdimensionnées, le taux d’usure reste acceptable. On peut voir aussi l’endroit ou frotte l’ergot de la roue sur le barillet qui maintien l’axe. Curieusement on ne sent pas vraiment de résistances quand on mouline, c’est assez fluide. L’enroulement obtenu n’est d’ailleurs pas mauvais. Conique, il épouse la forme de la bobine. Je me suis amusé à enrouler une centaine de mètres de nylon en 50/100em, ce moulinet pourrait encore servir pour pêcher en surf casting !

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Le pick-up

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Ce Luxor est à rattrapage manuel, il n’a pas d’anse de panier, juste un galet. Complètement bouffé par la rouille, le galet en lui-même était sans doute en acier « chromé dur » mais le bras est en laiton ou en bronze. Ce bras était articulé : on le reculait au moment du lancer et on le ramenait près de la bobine quand on ramenait le fil. Le mécanisme ne fonctionne plus, mais le ressort est intact. D’ailleurs il est miraculeux que tous les ressorts soient encore là, en parfait état.

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La manivelle

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En aluminium, elle vient se fixer dans la roue de commande à l’aide d’une petite vis. Ce n’est pas un très bon système de fixation, le jeu est important.  J’ai dit qu’elle avait été réparée : le type qui l’a fait devait connaître son affaire car les soudures sur aluminium demandent un matériel spécifique. Sûrement un soudeur professionnel ou un mécanicien.

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 Les modèles de Luxor suivants auront des manivelles plus proches de celles des Mitchell 300.

 La poignée est rigolote, en forme de carotte, mais pas très agréable à actionner.

 

 


Conclusion

Malgré son apparente rusticité, ce moulinet est admirable d’ingéniosité et la qualité de ses composants lui a permis de traverser un demi-siècle sans que ses engrenages n’aient pris une ride, et croyez-moi cet engin a dû en baver ! Il a dû avoir son lot de chutes, de noyades, d’intempéries et de trophées aussi, avant que son dernier propriétaire ne décide de le déclarer hors d’usage et de le vendre à un brocanteur. Ce moulinet a un vécu qui le rend plus attachant à mes yeux qu’un Stella flambant neuf, c’est pourquoi je le garde bien à l’abri et au sec avec quelques autres antiquités sur une étagère de mon atelier, où il sommeillait traquillement avant que je ne vienne l’embêter pour le plaisir de mes lecteurs...

 

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La semaine prochaine, fini les moulinets, on causera ver de terreL’ouverture approche !

 


 

Texte et photos : Jean-Paul Charles

 

 


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commentaires

René 13/03/2015 14:50

J'ai le même et je m'en sers encore en mer !!!
Increvable, il a appartenu à mon père et je ne m'en séparerai jamais.

La Pêche est un art...

Bienvenue sur mon blog, dédié à la pêche en lac dans le Sud-Est de la France.

Grand amateur de leurres depuis plus de trente ans, je n'en aime pas moins toutes les formes de pêche. Vous trouverez ici des techniques, des tests de matériel, des coins de pêche, des reportages, des coups de gueule et des digressions dont j'ai le secret... Ma parole est libre.

Vous pourrez lire aussi dans l'onglet "dossiers" certains des articles que j'ai publié dans le blog de mon ami Sylvain l'Esoxiste, infatiguable journaliste halieuthique et grand pêcheur devant l'Eternel.

Pour moi, la pêche est un art; un art de vivre et un art tout court.

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Curieux, ouverts, contestataires ou bretteurs, j'accepterai volontiers de débattre avec vous, si vous avez le sens de l'humour!

Bonne lecture.

 

Jean-Paul Charles