21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 15:50

 

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Tous ceux qui approchent de la cinquantaine connaissent certainement ce moulinet, un des derniers bestsellers de la marque avant son long déclin. Je l’avais acheté en juillet 1994 pour la somme de 400 francs. C’était pas donné mais son look et sa bobine alu m’avait séduit et puis je croyais encore à l’époque que Mitchell était synonyme de qualité made in France…  En fait, la marque était déjà sur le déclin et faisait fabriquer en Asie la plupart de ses modèles, dont celui-ci. Retour nostalgique sur ce moulinet qui m’a quand même permis de mettre au sec bien des poissons.


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La bobine, le frein et l’axe

D’un poids de 350gr, le Privilège 40 est en composite, sauf la bobine qui est fait d’un aluminium très épais. Elle ne pèse pas moins de 100gr à elle seule, soit presque le tiers du poids total. Elle est équipée du fameux bouton de changement rapide qui équipait déjà le 300 A. Comme le Privilège n’était livré qu’avec une seule bobine, ça ne servait pas à grand-chose mais ça fonctionnait bien quand même !

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Le frein est composé de trois rondelles en téflon, le matériau miracle de l’époque mais qui en fait ne valait pas le feutre et encore moins le carbone. Un petit frein qui atteint ses limites autour de 2,5kg mais dont je n’ai jamais eu à me plaindre car mes prises étaient modestes. Le plus gros brochet que j’ai pris avec ne mesurait que 70cm et la plus grosse carpe ne pesait que 4,5kg, ces deux  « monstres » ne l’ont pas mis en difficulté !


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Du reste, l’axe en laiton n’aurait pas supporté de tractions beaucoup plus élevées compte tenu de son faible diamètre de 4mm et du fait qu’il soit en laiton justement. Le laiton est un métal valable pour faire des petites pièces (pignons, engrenages) car il est assez dur mais il n’a pas la résistance de l’acier au cisaillement, c’est-à-dire à la torsion. C’est l’un des rares moulinets que je connaisse avec ce type d’axe, avec son petit frère le Mitchell Challenge qui date de la même période.


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Le train d’engrenage

La roue de commande est de très bonne facture, en alliage d’aluminium. Elle est portée par un engrenage côté gauche et un palier côté droit, disposition classique chez les moulinets low-cost. Bien qu’elle montre de petits défauts d’usinage, elle n’a pratiquement pas subie d’usure au niveau des dents.

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Le pignon en laiton est bien usiné et maintenu en son milieu par un roulement, pas en inox marin évidemment…

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La came d’oscillation est basique,  en « i », ce qui procure un enroulement classique, non croisé.  Elle est couplée à une roue à ergot montée sur un palier en laiton, ce qui occasionne pas mal de frottements.

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Le tout procure un enroulement bizarre au début, puis franchement catastrophique après quelques mois d’utilisation ! C’est le principal défaut de ce moulinet et c’est d’ailleurs après tous ces déboires que j’ai commencé à rechercher des modèles à double oscillation, bien avant d’utiliser de la tresse car même pour le nylon c’était nettement meilleur. Bref, cet enroulement n’était pas une réussite, loin de là et les perruques assez fréquentes. Je n'avais vraiment pas l'impression de vivre des moments Privilégiés!


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L’antiretour

Préfigurant celui du Quartz, l’antiretour du Privilège est situé à la sortie de l’axe et est composée d’un système à crémaillère assez compliqué qui utilise les crans moulés à l’intérieur du rotor. Une fois enclenchée, la crémaillère vient se loger entre chaque cran successif, cela nous donne un antiretour à 20 positions assez doux et silencieux, mais fragile. Le mien a tenu, mais j’en connais d’autres qui ont cassé le leur !

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Le rotor et le galet

Comme nous venons de le voir, le rotor est volontairement épaissit à la base pour recevoir le mécanisme de l’antiretour, ce qui alourdit un peu l’ensemble. Sur les bras, Mitchell utilisait depuis peu le ressort à compression pour armer l’arceau de pick-up et je dois dire qu’il est de bonne facture, d’ailleurs il fonctionne toujours parfaitement.

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Le galet est en céramique, monté directement sur le tube métallique du pas de vis. Là aussi, ce dispositif assez rustique marchait bien, le galet tourne toujours et ne porte pas de traces d’usure.

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La manivelle

L’axe de la manivelle est de section hexagonale, maintenue de l’autre côté par une vis, système qui entraîne toujours du jeu à la longue. La poignée est montée sur un manchon en laiton. Confortable grâce à son méplat qui rappelait les anciens modèles, elle manque un peu de puissance car trop courte, mais pouvait-on demander à ce moulinet de treuiller un poisson ?

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En conclusion, j’aime bien ce moulinet car il me rappelle des souvenirs mais je dois dire qu’il est très mal conçu, même si ses engrenages sont en matériau de bonne qualité. Mitchell avait privilégié le look du moment au détriment de la qualité et déjà son identité se diluait dans une sorte de conformisme mondial. Il n’y avait plus guère que son nom qui rappelait ses origines…

 

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Texte et photos : Jean-Paul Charles

 

 


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commentaires

loux40 29/11/2014 20:49

Ce moulinet fait remonter pas mal de souvenirs à ma mémoire, il m'a suivit pendant toutes les années 90 (et oui je suis très fidèle avec mon matériel) il était toujours accompagné d'une canne mitchell kriss 2.70, la première du nom, c'était ma période mort manier.
Il m'a suivit toutes ces années sans faillir et il a sorti beaucoup de sandres, depuis il est rangé dans un coin, la canne quand a elle a rendue l’âme depuis longtemps, je ne m'en suis jamais remis snif.

Def 31/10/2014 18:06

le privilège n'a plus de secret pour toi ! c'est vrai que ce sont les derniers au "look" 80's , moi je cherche une personne qui connaitrait encore tres bien les modèles de cannes lancer de cette époque , je cherche un modèle , et toutes les illustrations de l' époque sont les bienvenues ( cannes et moulinets)
pq a coté de cela j' aimerais "mieux connaitre" les moulinets de juste avant cette période et les différences entre eux

Jean-Paul Charles 05/11/2014 18:05

Pour les moulinets anciens, il y a le livre de Bernard Caminade dont j'ai parlé ici-même, sinon c'est vrai qu'il existe peu de documents sur les moulinets des années 70-80, à part les catalogues de l'époque (Manufrance entre autre) qui permettent de se faire une idée de la production de cette période. Idem pour les cannes.

sylvain l'esoxiste 22/05/2014 07:48

Et dire que mon détaillant de l'époque m'avait juré sur la tête de toute sa famille que ce moulin était le dernier fabriqué en France.
Merci pour cet article très instructif comme d'habitude.

Jean-Paul Charles 22/05/2014 09:41



Mitchell a commencé à délocaliser sa production à partir des années 80, mais certains moulinets étaient encore "assemblés" en France avec des pièces en provenance d'Asie, donc en jouant sur les
mots on pouvaitt aller jusqu'à dire "fabriqués" si tu veux... Ton détaillant avait dû croire le commercial de la marque, il n'est pas à blâmer. La mention France ou Made in France ne figure nulle
part sur le Privilège.



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Jean-Paul Charles