14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 09:19

 

 

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En 1996, Mitchell, débordé par l’invasion des moulinets Japonais qui allient technologie, qualité, design et prix attractifs, décide de frapper un grand coup en sortant la série Quartz, que la marque annonce comme révolutionnaire. Une campagne de pub bien orchestrée dans les médias attise la curiosité des pêcheurs qui finissent comme moi par succomber… Mitchell joue gros car la concurrence est rude. Hélas, ce moulinet original ne parviendra pas à enrayer son déclin. Ce sera le dernier conçu et fabriqué en France, ou presque, mais il faut dire que le Quartz n’était pas à la hauteur et qu’il a déçu la plupart de ses propriétaires, malgré quelques trouvailles ingénieuses. Retour sur les causes de cet échec.

 

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Le modèle que j’avais choisi est un 350, le plus courant et le moins cher. Je n’avais pas les moyens de me payer la série Gold et son luxueux coffret !   Il m’avait coûté quand même 545 francs… Livré d’origine avec trois bobines, son look singulier le rend identifiable au premier coup d’œil, notamment grâce à son gros pick-up en carbone. Je reviendrai à la fin de l’article sur cette particularité.

 

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Le 350 doit son nom à son poids présumé (350 gr) mais il pèse en fait 365 gr. C’est un moulinet à bobine enveloppée, comme l’ancien 300 A. Le retour à ce type de bobine est surprenant pour l’époque puisque presque tous les moulinets (Mitchell compris) ont alors des bobines enveloppantes. C’est à cause précisément à ce fameux pick-up « line control » qui nécessite la présence du bol à l’extérieur. Cela permettra aussi d'y placer l’anti-retour « instantané » comme nous le verrons plus loin. Assez compact, il est tout en rondeur et ses lignes manquent un peu de finesses, mais il a un charme indéniable dans sa livrée anthracite.

La bobine et le frein

Mitchell avait choisi de reprendre le concept du 300 A et de ses bobines interchangeables grâce à un bouton pressoir, mais en modifiant le système de verrouillage. Ici, on a un frein unique pour trois bobines, ce qui oblige à faire une manipulation supplémentaire puisqu’il faut d’abord enlever l’ensemble frein /bobine, dégager d’un quart de tour la bobine qui tient à la platine à l’aide d’un ergot, puis installer une nouvelle bobine et replacer l’ensemble sur l’axe. C’était assez rapide mais quand même moins pratique que les anciens 300…

 

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Un système anti-emmêleur a été ajouté, avec 6 petits ergots en plastique qui viennent coulisser dans les rainures prévues à cet effet le long du bol.

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Ces bobines sont en polymère et carbone pour gagner en légèreté. Elles sont solides, j’en ai fait tomber plus d’une fois sur mon carrelage sans les abîmer.

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Le bouton de frein est glissant et peu ergonomique, le régler en action de pêche n’était pas toujours pratique.

Le frein en lui-même est composé de trois rondelles en téflon, matériau assez utilisé à l’époque en remplacement du feutre traditionnel, mais il s’est avéré que le téflon procurait un freinage médiocre et irrégulier, il a depuis été abandonné. Le frein du Quartz est cependant correct pour les poissons de nos rivières, j’ai pris de nombreux brochets avec lui sans problème.

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La manivelle

Elle se visse directement dans la roue de commande, ce qui est toujours mieux que les axes hexagonaux. On voit que le filetage a deux pas différents : le premier sert à visser la manivelle à l’intérieur de la roue de commande côté droit, le second sur le côté gauche. Cela procure un maintien parfait de l’ensemble.  Cette manivelle est solide et agréable d’utilisation, elle ne bouge plus lorsqu’elle est vissée.

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Le rotor et l’anti-retour

Le retour à la bobine enveloppée a permis à Mitchell de se servir de l’intérieur du rotor pour placer son mécanisme d’anti-retour instantané. Le principe est toujours celui de la crémaillère, mais le nombre de dents autour du rotor étant multiplié, l’espace entre chaque crans est diminué d’autant, ce qui nous donne un anti-retour à 96 positions (j’ai compté !) qui réduit presque à néant le recul par rapport à un moulinet classique. Presque mais pas tout à fait, il y a toujours un léger « clac » à chaque arrêt forcé. Vu la place qu’il y avait sous cet énorme rotor, Mitchell aurait pu y loger un roulement à rouleau et entrer dans l’ère de l’anti-retour infini qui commençait à se généraliser, mais il ne l’a pas fait. Les ingénieurs ont donc poussé à sa limite un ancien procédé au lieu d’opter pour une technologie nouvelle et c’était un mauvais choix car les premiers moulinets équipés de roulements à rouleaux bluffaient les utilisateurs par leur perfection, ils ne voulaient plus revenir en arrière eux non plus ! Le système des crémaillères avait vécu…

 

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L’autre problème de cet anti retour est sa fragilité. Les ressorts de renvoi sont d’une rare minceur et j’ai personnellement cassé le mien après quelques mois d’utilisation, il est resté bloqué en position « on » à perpétuité et je n’ai jamais réussi à le réparer. On voit bien ci-dessous le cliquet à 5 dents de la crémaillère.

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Le pignon et la roue de commande

La roue de commande est bien dimensionnée et très lourde au creux de la main. Elle ne pèse pas moins de 25 gr, ce qui est étonnant. Soit elle est en complètement acier inox, soit elle est composée d’un axe inox et d’un engrenage en fonte d’aluminium, mais en tout cas c’est du costaud ! Supporté à chaque extrémité par deux roulements, elle procure une bonne fluidité à l’ensemble du train d’engrenage.

 

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Le pignon est classiquement en laiton, de très bonne qualité lui aussi, et il possède un roulement à son extrémité, côté rotor. L’ensemble tourne sans bruit et sans frottement comme au premier jour.

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Le mécanisme d’oscillation

Le mécanisme de double oscillation utilisé par Mitchell dans les années 90 est assez étonnant. Il s’agit d’un système elliptique complexe dont je vais essayer de vous faire comprendre le fonctionnement ci-dessous.

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La came d’oscillation est droite et non en « S », soutenue par un axe secondaire pas très bien fixé, mais efficace.  Le mouvement de montée et descente en deux temps est obtenu par le jeu très subtil de la roue que voici :

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Une fois le cache en laiton démonté, on s’aperçoit que l’engrenage du centre est fixe, il ne tourne pas. C’est cet autre petit engrenage muni d’un ergot qui tourne autour de lui et sur lui-même, entrainé par la grande roue, elle-même entrainée par la roue de commande. L’ergot décrit donc ce qu’on appelle en astronomie des épicycles ! Il tourne sur lui-même en même temps qu’il tourne autour  du centre de la grande roue, sans compter que l’ergot est lui-même décentré de son axe ! La came d’oscillation entraine ensuite l’axe principal grâce à cet ergot.

 

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C’est très ingénieux et sûrement très compliqué à calculer, mais malheureusement le résultat au niveau de l’enroulement n’est pas à la hauteur. Le fil est rangé par faisceaux distincts : on distingue nettement les espacements des cycles d’oscillations, cela fait des creux et des pleins pas très esthétiques. Comparé au rangement impeccable d’un Shimano ou d’un Daiwa, les Mitchell faisaient piètre figure, même si en fin de compte ils ne causaient pas plus de perruque avec la tresse, ni ne lançaient pas plus mal que les autres. Ce curieux rangement du fil en a refroidi plus d’un en tout cas…

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Le pick-up

On touche là à la caractéristique essentielle de ce moulinet, le fameux  « Line-Control ». Mitchell était parti de la constatation que la cause première des perruques au lancer était due aux boucles qui se formaient sur la bobine après avoir maladroitement refermé le pick-up. La marque avait donc voulu un système anti bouclage performant, et avait travaillé sur un pick-up révolutionnaire capable de supprimer tout risque de perruque.

 

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L’idée était de placer un méplat articulé avant le galet, muni d’un petit ressort pour maintenir le fil pincé et tendu avant qu’il ne s’engage sur la bobine. Il fallait donc un arceau assez gros pour que la surface « d’écrasement » soit suffisante, ce qui nous a valu ce pick-up monstrueux. Le pick-up se refermait donc en pinçant le fil puis le guidait jusqu’au galet volontairement élargi en le maintenant tendu, en tout cas sur le papier… Concrètement, ce dispositif n’a jamais fait ses preuves, et j’ai continué à avoir autant de bouclage que sur des modèles traditionnels, sans compter que le système de déclanchement situé lui aussi sous le rotor était trop sensible et le ressort à compression de l’arceau sous-dimensionné par rapport au poids de l’ensemble, cause de rabat fréquent en plein lancer, avec les conséquences que cela implique. Bref, ce système qui se voulait à la pointe du progrès laissa les utilisateurs perplexes, pour ne pas dire plus.

 

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Autre problème, sur la version basique du 350, le galet, bien qu’en céramique, n’était pas monté sur roulement. Deux rondelles de téflon à chaque extrémité pour limiter les frottements, c’est tout. Il ne tournait pas, ni avec la tresse, ni avec le nylon. Si on ajoute ça à la liste déjà longue des désagréments de ce moulinet, il devenait évident que le Quartz avait tout de la fausse bonne idée, et que ses concepteurs comptaient plus sur la fidélité (crédulité ?) de leurs acheteurs que sur l’authenticité de ses performances.

J’avais discuté de ce moulinet avec le Staff de Mitchell lors du SAPEL 96, et ils avaient l’air motivés, ils y croyaient au Quartz ! Ils m’avaient expliqué qu’ils avaient bossé comme des dingues pendant des mois pour ce sortir ce bijoux. C’était sûrement vrai, mais on comprenait bien aussi que c’était leur chant du cygne… En face, Daiwa alignait ses moulinets futuristes et frimait avec son nouveau Twist Buster tandis que Shimano surprenait tout le monde avec son Stradic à double manivelle ; le Quartz ne leur arrivait pas à la cheville. La pêche avait brutalement changée d’époque, de continent, et les pêcheurs aussi.

 

 

 

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Il n'en reste pas moins que le Quartz a toujours ses fervents admirateurs et que cette curiosité est devenue une pièce de collection très prisée en France et à l'étranger. Je garde précieusement le mien, bien qu'il ne vaut pas grand chose puisqu'il s'agit du modèle le plus courant et que je n'ai pas gardé son emballage d'origine, une fois de plus.

Une fois remonté et graissé, il est allé rejoindre les autres antiquités pour un repos bien mérité!

 

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Texte et photos : Jean-Paul Charles

 

 

 

 

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commentaires

nassoy 21/01/2015 10:03

bonjour ! je viens de lire l article sur le moulinet Mitchell 350 Quartz qui m a beaucoup interesse ! je suis a la recherche de notices ou vues eclatees de tous les modeles Quartz ! si quelqu un les a , j en serais tres heureux ! dans ce cas , pourriez vous me les scanner et me les envoyer par mail ! merci d avance !

Jean-Paul Charles 21/01/2015 19:46

Bonjour, vous pouvez aller sur ce site:
http://www.mikesreelrepair.com/schematics/thumbnails.php?album=17&page=2
Je ne sais pas si la Quartz y figure, mais il y a pratiquement tout Mitchell en éclaté...

sylvain l'esoxiste 20/02/2014 13:53

Excellent article très complet, tu deviens notre Alan Hawk national.
Concernant ce moulinet, j'étais ado et sans le sou quand il est sorti, j'en bavait devant tellement il me plaisait mais c'est vers un Daiwa avec Twist Buster que je suis allé, juste parce qu'il
était moins cher !

Jean-Paul Charles 20/02/2014 18:57



Finalement tu as bien fait de prendre le Daiwa!


C'est vrai qu'en ce moment je dépiaute pas mal de moulins, mais je n'ai pas la science d'Alan. Encore deux (dont une nouveauté) et je passe à autre chose! L'ouverture arrive...



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Bienvenue sur mon blog, dédié à la pêche en lac dans le Sud-Est de la France.

Grand amateur de leurres depuis plus de trente ans, je n'en aime pas moins toutes les formes de pêche. Vous trouverez ici des techniques, des tests de matériel, des coins de pêche, des reportages, des coups de gueule et des digressions dont j'ai le secret... Ma parole est libre.

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Curieux, ouverts, contestataires ou bretteurs, j'accepterai volontiers de débattre avec vous, si vous avez le sens de l'humour!

Bonne lecture.

 

Jean-Paul Charles