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LA PECHE  A  LA TRAINE :   I-La règlementation

 

 La pêche à la traîne a toujours exercé sur moi un attrait particulier. Je l’ai souvent pratiquée en mer et cette année, j'ai décidé de la pratiquer en eau douce, pour rompre avec les habitudes. C’est une pêche complexe, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord. Il-y-a d’ailleurs beaucoup de préjugés vis-à-vis des pêcheurs à la traîne, qui ne sont pas fondés, j’en reparlerai plus loin.

 Comme j’ai la chance d’habiter non loin des 3 grands lacs du Verdon (Sainte –Croix, Quinson, Esparron) où cette technique est autorisée, j’ai donc acquitté en sus de ma carte de pêche interdépartementale à 89 € une cotisation de 30 € qui me donne le droit de pratiquer la traîne du troisième samedi d’avril au troisième dimanche de septembre, soit le 20 avril pour cette année 2013, (avec 10 jours d’avance donc sur l’ouverture nationale des carnassiers), et ce jusqu’à la fermeture de la truite, les deux espèces cohabitant dans ces grands lacs. Je trouve que ce tarif n’est pas exorbitant, ce n’est pas une pêche de privilégiés comme je l’ai souvent entendu dire.

 

Après en avoir fait la demande en bonne et due forme, j’ai donc reçu par courrier de la Fédération  de pêche du Var un carnet de pêche à la traîne personnel, que je suis tenu d’emporter à chaque partie de pêche afin d’y noter le nombre, la taille, et le lieu l’espèce de mes captures. Je suis aussi obligé de retourner le-dit carnet à la Fédération en fin de saison, sous peine de ne pas pouvoir en obtenir un autre l’année suivante.

 

 

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J’ai également reçu mon fanion de traîne que je dois arborer ostensiblement sur mon bateau en action de pêche !

 Cette règlementation peut sembler contraignante, et en effet elle l’est. On me demande en outre d’indiquer sur le carnet les éventuels poissons bagués ou marqués (truites farios seulement), suite aux différentes campagnes d’alevinage. Je suis d’accord, mais pourquoi les seuls pêcheurs à la traîne devraient-ils s’acquitter de cette tâche ? Pourquoi les autres pêcheurs de carnassiers ne participeraient-ils pas eux aussi aux études statistiques de repeuplement ? Mystère…


 Le nombre de cannes est limité à deux par pêcheur (et donc implicitement par embarcation), munies chacune de deux leurres au plus, ce qui me donne théoriquement la possibilité de pêcher avec 4 leurres. Dans la pratique, c’est le plus souvent un leurre par canne, comme je l’expliquerai en détail dans un prochain article. On peut aussi pratiquer au vif. Les règlements diffèrent d’un département à l’autre, renseignez-vous car la traîne est interdite sur beaucoup de grands plan d’eau, sans que l’on puisse vraiment expliquer pourquoi. La législation aurait besoin d’être un peu dépoussiérée…

 Me voici donc légalement prêt à affronter les eaux turquoises de ces immenses lacs ! Car c’est là que réside l’intérêt principal de la pêche à la traîne : Explorer et découvrir de vastes étendues d’eau, et localiser les bons postes en alliant le plaisir de la pêche à celui de la navigation. Sans compter qu’à la traîne, vous pourrez tenter les gros brochets avec des leurres uniques que vous ne pourriez pas utiliser autrement, ni au lancer, ni en verticale, et essayer de prendre ces poissons mythiques que sont les truites lacustres qui peuvent atteindre le poids de 10 kilos ! Les techniques sont également variées : avec ou sans plombées, en surface comme en profondeur, et les poissons visés nombreux : perches, sandres, chevaines, black-bass et silures font partie des espèces susceptibles de faire plier les scions de vos cannes. Ceci dit, et pour en avoir discuté avec des pros de cette technique, ayez bien à l’esprit que vous ne capturerez pas forcément plus de poisson qu’en pêchant de manière traditionnelle. Les bredouilles sont malheureusement aussi fréquentes qu’au lancer ! On n’est pas plus avantagés que les autres pêcheurs : Vos leurres passent et le poisson s’en saisit ou pas, mais on n’a pas droit à une seconde chance, bref, on ne peut pas insister comme on le ferait en verticale… Vous avez par contre l’avantage des espaces parcourus et des postes du grand large, souvent ignorés, ou rôdent les gros poissons aux mœurs pélagiques !

 

   

II : Le matériel

 

  Toute embarcation susceptible d’être propulsée par un moteur ou des rames peut convenir pour pêcher à la traîne. Même un float tube pourrait faire l’affaire, à condition de palmer suffisamment vite ! Certains pontoons peuvent être équipés d’un moteur électrique, pourquoi pas ? J’ai vu aussi des types qui traînaient en kayak, en mer, à la pagaie, avec de bons résultats. Un bateau, même modeste, suffit donc pour débuter. 

 Concernant la méthode de traîne proprement dite, je précise que je pêche sans tangons ni écarteurs, qui nécessiteraient un bateau beaucoup plus grand. Je n’utilise pas non plus la technique du Downrigger, qui ne se justifie pas de toute manière pour des fonds de moins de trente mètre (Je reviendrai sur une variante de cette technique dans un article ultérieur). Je vais donc pêcher « léger » et surtout précis.


 Les supports de cannes :


Support

 Lorsqu’on traîne, surtout près du bord, les accrochages sont nombreux, et souvent violents. Vos supports de cannes doivent être à toute épreuve. Évitez les  cochonneries en plastiques ou en fil de fer, et choisissez des modèles conçus pour la mer, en inox de préférence, et fixes si vous possédez une barque rigide. Les modèles orientables sont en effet plus fragiles et n’offrent pas vraiment d’avantages en action de pêche. Si vous devez mettre des supports amovibles comme moi, prenez des serre-joints costauds et montez dessus des tubes inox, il n’y a rien de plus solide. Sinon…vous risquez fort de voir cannes et moulinets disparaître au fond de l’eau ! Faites d’ailleurs l’expérience à terre en montant les cannes sur les supports et en tirant sur le fil pour vérifier que l’ensemble tient bien sous l’effet d’une forte traction.


Les cannes :

 

jigging

 On peut bien entendu utiliser des cannes « trolling » comme celles qu’on utilise en mer, mais je les trouve personnellement trop lourdes et raides comme la justice. Quel plaisir y-aurait-il à remonter une perche ou un petit brochet avec une canne de 50 lbs ? Les cannes à lancer classiques peuvent convenir, mais elles sont fragiles, et les cannes à carpe trop longues à mon goût. C’est pourquoi j’estime que les cannes « jigging » monobrin à talon démontable sont parfaites pour l’eau douce, à condition de les choisir dans les 20 lbs, soit entre 120 et 180 gr de puissance. Courtes (moins de 2 mètres), légères, nerveuses, elles peuvent venir à bout de n’importe quel poisson tout en préservant le maximum de sensation lors des combats. Accessoirement, elles permettent des lancers corrects et des animations en verticale si vous décidez de changer de technique en cours de journée. Ce sont de loin mes préférées. On trouve maintenant de bons modèles à moins de 100 €, pourquoi s’en priver ?

 

Les moulinets :

Il-y-a un vieux débat entre partisans du tambour tournant et ceux du tambour fixe. Les puristes vous diront que le tambour tournant permet d’utiliser des lignes plus fines car le fil ne forme pas de coude et vrille moins, et que le frein est plus régulier. Les adeptes du tambour fixe vous diront que son ratio plus élevé permet de relever la seconde ligne plus rapidement lorsqu’une touche se produit sur la première, évitant ainsi les emmêlages, et que la position du moulinet est plus naturelle. Je souscris à cette dernière opinion sans pour autant trancher sur le fond. Je pense que les deux se valent, mais par commodité, et surtout pour leur polyvalence, je préfère utiliser les tambours fixes costauds que j’ai à ma disposition, en l’occurrence un Daïwa Opus Bull 5000, et un Penn Spinficher débrayable. La fonction débrayage est très pratique pour donner du fil lorsqu'on pêche à le plombée, sans avoir à ouvrir le pick-up.   Robustes, fiables, ils font le travail comme on dit. Dotés tous les deux d’un excellent frein indéréglable, on ne leur demande rien d’autre que d’encaisser sans broncher les touches…ou les accrochages, puis de ramener le poisson. Ils ont en outre un cliquet de frein très sonore, ce qui fait qu’on est averti d’une touche même si on est en train de rêvasser en admirant le paysage. On trouve l’équivalent chez d'autres marques  et rien ne vous empêche d’opter pour des modèles plus luxueux, mais dans tous les cas privilégiez ceux destinés à la pêche à soutenir.

 

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Le réglage du frein est capital lorsqu’on pêche à la traîne. Les moulinets que j’ai cités ont des plages de freinage comprises entre 12 et 15 kg (pour l’Opus Bull), en tous cas sur le papier. En réalité, ils ne sont réellement efficaces que dans la plage des 5/9 kg, ce qui est déjà conséquent. Seuls les très gros poissons peuvent faire chanter un frein réglé à 5 kg…et quand je dis gros, c’est plus de 10 kg. La surenchère actuelle qui consiste à vendre des moulins avec pour argument principal qu’ils ont des freins à 30 kg me fait doucement rigoler, même pour le silure ! Aucun pêcheur ne peut tenir physiquement plus de deux minutes avec une puissance de freinage pareille, si tant est qu’elle soit réellement atteinte ! Passons… En moyenne donc, je règle le frein autour de 3 kilos, ce qui permet à la fois un bon ferrage, et, quelques centièmes de secondes plus tard, l’entrée en action du frein qui a besoin de vaincre une certaine inertie au départ ; trop dur, c’est la casse, trop mou, c’est le décrochage. Là aussi, il faudra faire des essais à terre, canne et moulinet montés sur le support, en tirant sur le fil et en vissant et dévissant le frein, pour sentir « physiquement » le point optimal à partir duquel le ferrage sera assuré, sans pour autant trop forcer sur la ligne. Cela dépend aussi de la canne et du diamètre de la ligne, c’est donc l’ensemble du dispositif qu’il vous faudra évaluer.

 

Le fil :

Là aussi il-y-a deux camps qui s’affrontent : la tresse ou le nylon ?

La tresse est accusée de provoquer des vibrations parasites qui alertent le poisson, quant au nylon, son vrillage est gênant et son élasticité l’empêche de ferrer correctement. Sa discrétion est relative dans les forts diamètres.

En fait, j’utilise les deux, cela dépend des circonstances. En mer par exemple, surtout pour le loup (ben oui, le bar c’est sur le port !) je préfère la tresse car j’ai parfois plus de 100 m de ligne sortie, et le ferrage s’en ressent. En lac, où je vais pêcher plus court, j’utiliserai donc du nylon. Le nylon présente également un autre avantage pour la pêche en plombée, dont je parlerai plus loin. Les diamètres pour le corps de ligne seront compris entre 40 et 50 centièmes (25 centièmes si vous utilisez de la tresse)  pour la recherche du brochet. C’est donc du costaud, mais c’est justifié par les contraintes subies par le fil, et par le fait que « l’effet de surprise » sera plus important que la discrétion à tout prix. Pour la truite par contre, on pourra descendre jusqu’à 20 centièmes en pleine eau, si on est très sûr de soi. On choisira de toute manière des nylons de qualité (Asso, Stren, Sufix).

Afin de visualiser la quantité de fil sortie, je mets des repères au marqueur noir tous les 10 m, ce qui me permet de savoir exactement et à tout moment à quelle profondeur et à combien de mètre du bateau mes leurres évoluent.

 Je n’utilise pas de sondeur pour la bonne raison que je suis toujours en mouvement. Repérer un banc de poisson ou des échos prometteurs ne me servirait pas vraiment puis que je ne pourrais pas faire demi-tour pour voir ça de plus près. C’est un des inconvénients de la traîne, comme nous le verrons plus loin Ceci-dit, il va de soi que l’utilisation d’un sondeur est un plus indéniable, ne serait-ce que pour le repérage, les indications sur la nature du fond, la profondeur et le niveau de la thermocline pour les plus performants.  Mais surveiller deux cannes, tenir un cap parfois sinueux pour éviter les autres pêcheurs et avoir l’œil rivé sur un sondeur, ça fait beaucoup de choses à la fois ! Je fais donc d’avantage confiance à ma connaissance des lieux et à mon instinct !

Les accessoires :

 Pour le brochet, j’utilise des bas de ligne acierss , sertis avec des sleeves, d’une longueur d’un mètre minimum. J’estime que plus le bas de ligne est long, meilleure est la nage du leurre. Contrairement au nylon et à la tresse dont la résistance annoncée doit être divisée par deux, les fils d’aciers tiennent leurs promesses niveau solidité, et un fil de 7 à 9kg  est généralement suffisant. Logiquement, aucun gros bec n’en viendra à bout. Une agrafe de qualité côté leurre et un émerillon rolling  côté corps de ligne viennent compléter l’ensemble. Comme je l’ai déjà dit, je ne crois pas aux vertus du fluorocarbone, si à la mode en ce moment, en tout cas pour les bas de ligne à brochet. J’ai vu trop de pêcheurs se faire couper en l’utilisant, même avec des diamètres assez forts,  et  par des brochets pas spécialement monstrueux… Mais chacun fait comme il veut… 

 Les leurres que j’utilise sont d’assez grande taille, et leur rangement nécessite une boîte spécifique pour ne pas en avoir des dizaines dans tous les recoins du bateau. Les modèles réversibles sont les plus pratiques. Celles que propose Waterqueen sont très bien. Les seaux à leurres sont aussi une bonne solution.

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 Enfin, une épuisette à maille nylon   de préférence rend plus de service qu’un mauvais fishgripp, et évitera les morsures. Choisissez-là à la mesure de vos ambitions !

 

  III: les leurres

 

Je suis un pur  « leurriste », je l’avoue. Je sais qu’un vif traîné lentement donne d’excellents résultats, et je n’ai rien contre, mais c’est plus fort que moi : mon plaisir est décuplé lorsque je prends un poisson au leurre ! Je puise donc gaiement dans l’offre pléthorique que nous proposent les grandes marques, il y en a vraiment pour tous les goûts. Le choix est tellement vaste qu’il couvre pratiquement toutes les conditions de pêche : plus besoin de s’encombrer de vifs !


Les poissons nageurs :

 Ils sont certainement les leurres les plus utilisés à la traîne et pour cause, ils ont été conçus pour cet usage à l’origine. Avant tout, une remarque s’impose : les modèles flottants sont nettement préférables car, à taille égale, ils nagent bien mieux que les modèles coulants, c’est un fait que j’ai souvent constaté, quel que soit leur marque. Leur légèreté les fait vibrer au moindre courant, alors qu’il faut une vitesse supérieure pour animer correctement les poissons nageurs coulants. Le second avantage est qu’ils remontent en surface à l’arrêt, cela évite bien des accrochages…  Les modèles « suspending » sont excellents eux aussi, bien que moins répandus. La plupart sont efficaces tels quels, mais on les utilisera aussi sur des lignes lestées afin qu’ils atteignent des profondeurs plus importantes. Quant à la taille, n’hésitez surtout pas pour le brochet à envoyer du lourd, voire même du très lourd, des trucs que vous seriez bien incapable de lancer, même avec une canne Big Bait !

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 Sur l'image ci-dessus que j’ai piquée sur le site de Michel Lonfat, on voit un brochet de belle taille ouvrir la gueule pour bailler ou régurgiter, et on comprend alors aisément que ce « four » peut avaler sans aucun problème des leurres de 30cm !

Vous le savez, il existe des milliers de poissons nageurs, mais voici ceux que je compte utiliser pour débuter :

Les modèles classiques

Déclinés dans toutes les tailles et toutes les couleurs, on n’a que l’embarras du choix. Je recherche cependant ceux qui dont la nage est la plus ample possible, pas trop serrée donc, et qui montrent bien leurs flancs (le fameux rolling !). Pour les couleurs, j’alterne les propositions réalistes et d’autres plus criardes, cela me permet de m’adapter à l’humeur des poissons. On affine  ensuite la sélection avec l’expérience, cela dépend de la météo, de la saison, de la clarté des eaux etc.

 

jerkUn Halco Laser Pro de bonne taille en fire tiger et un Abu Tormentor façon truite.

 

 

SupershadRapLe Super Shad Rap : un leurre incontournable qui cartonne partout dans le monde sur les gros becs !


Les modèles articulés

En mer comme en eau douce, ils font partie de mes leurres préférés. Avec ou sans bavette, en 2 ou 3 articulations, leur nage sinueuse et frétillante à la fois se révèle incomparable. Quelques grands classiques :

 

RapSliverLe Rapala Sliver, que l’on trouvait autrefois en 20cm, mais qui n’existe plus qu’en 13cm (il faudra que je fasse un jour un article sur les leurres qui ont mystérieusement disparus des catalogues !).

 

PN articulésLe Bomber A, le Rapala X- Rap Jointed, l’Alpha Dog 3 de Volkien, 3 modèles éprouvés de 13/14 cm qui nagent entre 2 et 3 mètres de profondeur.

 


Les  Long bills

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Ce sont ces poissons nageurs à très longue bavette, qui plongent plus profondément que les autres. Très simples d’utilisation en traîne, c’est souvent les premiers qu’on choisit quand on débute, puisqu’ils n’ont pas besoin de plombée additionnelle, du moins en théorie. En fait, la plupart des fabricants exagèrent la profondeur que ces leurres atteignent réellement… Cela dépend de la longueur du fil, de son diamètre et de la vitesse de traîne. Pour atteindre les profondeurs annoncées sur la notice, il faudrait trainer très, très lentement, avec un fil arachnéen d’une longueur ne dépassant pas la profondeur maximale capable d’être atteinte par le leurre ! Ceci dit, ce sont de très bons poissons nageurs qui brassent beaucoup d’eau et qui déclenchent invariablement des attaques lorsque les carnassiers sont en chasse, comme leurs cousins les Crancks Bait, que je préfère toutefois utiliser au lancer.

 

 

Les modèles géants


Storm+Volkien

Il y a quelques monstres qui circulent comme le Storm Giant Madflash ou le Volkien Shallow Minnow, tous deux mesurant plus de 20cm, et il ne faut pas croire qu’ils sont seulement destinés aux requins : vous verrez que des brochetons n’hésiterons pas à s’en saisir ! Dans les tailles XXXL, vous trouverez aussi les leurres Mann’s, qui vont jusqu’à…35cm( !) et qui jouissent d’une certaine réputation auprès des traîneurs pathologiques du monde entier...

Je précise enfin que tous mes poissons nageurs sont armés avec des triples VMC perma steel, soit des 9620, soit des 9625(super-renforcés) , qui présentent selon moi le meilleur rapport finesse/solidité, et qui sont facilement réaffûtables, en plus d’être quasiment inoxydable en eau douce.

 

Les leurres souples :

Encore une vaste famille, que je limiterai volontairement à deux types, les virgules et les shads.

Les virgules

 

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Sélectionnées dans les grandes tailles (entre 15 et 25cm), ces leurres sont très efficaces en traîne, à condition de les armer correctement, et à l’aide d’une aiguille spéciale leurres souples pour ne pas les esquinter.

 Je n’utilise pas les têtes plombées car elles ont deux inconvénients :

L’hameçon est dirigé vers le haut, ce qui évite les accrochages mais qui est source de raté au ferrage. Ensuite, le poids qu’il faudrait utiliser pour atteindre les zones profondes tout en supportant la vitesse de traîne serait disproportionné par rapport à la taille du leurre.  C’est pourquoi j’utilise une plombée décalée qui lui laisse toute sa liberté et son attractivité. J’expliquerai plus loin en quoi consiste cette plombée et comment la positionner. J’arme donc ma virgule d’un hameçon simple (ici un Mustad 34007 inox, en 6/0 sur une virgule de 17cm) la pointe dirigée vers le bas, un peu à la façon d’un Raglou, que j’attache sur un petit bout d’avançon acier à l’aide de sleeves. Comme les virgules on parfois tendance à tourner et à vriller, je complète le montage avec un petit émerillon baril pour être sûr qu’elle restera bien équilibrée, et dans l’axe. Ainsi positionné à quelques mètres derrière la plombée principale, votre leurre sera « englouti » bien plus franchement qu’avec une tête plombée classique.

 

Les Shads

 

montage shad

Très prisés des pêcheurs à la traîne, les Shads sont aussi une valeur sûre. Je les arme de la même manière que les virgules, mais en remplaçant l’hameçon simple par un triple ventral. Comme ils sont relativement stables en traîne, pas besoin de rajouter un émerillon. Le fait de les utiliser eux-aussi avec une plombée décalée leur donne une nage très fluide, beaucoup plus naturelle qu’avec une tête plombée.

 

Les Cuillères :

 

Ondulantes

Très utilisées également, les cuillères sont des leurres de tout premier ordre pour tenter truites et brochets, principalement les ondulantes, car les cuillères tournantes vrillent sérieusement le fil et leur nage trop rectiligne les rend moins attractives.

 Comme pour les poissons nageurs, il faudra choisir les modèles les plus légers possibles, à la palette ultra fine. C’est cette légèreté qui rendra la nage de la cuillère papillonnante à souhait et attractive en diable. Réservez les modèles plus lourds à la pêche au lancer.

J’arme mes cuillères d’un hameçon simple à la fois léger et robuste. Ces temps-ci, j’ai trouvé mon bonheur avec les Owner nickelés S 78, ils sont tout simplement parfaits, et d’un piquant exceptionnel.

 

Tous ces leurres très légers ont besoin d’une plombée additionnelle pour atteindre la profondeur où se tiennent les poissons, surtout en lac. Il existe différentes manières de plomber efficacement une ligne, ce qui fera l’objet de mon un prochain article, ainsi que de la façon de « mener sa barque » !

 

 

IV-Les plombées

 

Pêcher à la bonne profondeur en traîne est la clé de la réussite. Si la plupart des leurres se suffisent  à eux-mêmes lorsque les fonds n’excèdent pas 3 mètres, il en va autrement lorsqu’il faut atteindre les zones abyssales…

1.   La plombée décalée.

Elle consiste à mettre un plomb après le leurre, celui-ci évoluant horizontalement à quelques mètres derrière lui. En apparence, rien de plus simple. Mais les lois de l’hydrodynamisme sont impitoyables, comme toutes les lois physiques. Au début, lorsque je voulais plomber mes lignes de traîne, j’utilisais des plombs olive allongés parce que c’était le genre d’âneries que l’on trouvait imprimées dans certains bouquins, comme celle-ci par exemple :

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 Résultat, le plomb se mettait en biais sous l’effet de la pression de l’eau, gênait la nage du leurre et faisait finalement remonter la ligne en surface quand on accélérait :

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 Si on n’utilise qu’un seul plomb, il faut le mettre en dérivation, et non pas l’enfiler directement sur la ligne. Le système le plus efficace dans ce cas est celui du triangle de traîne, où le bas de ligne forme un angle proche de 130° avec le corps de ligne, et où le leurre évolue naturellement à l’horizontale. Enfin en théorie… Il faut toutefois que la distance entre le plomb et le bateau soit raisonnable. Ce détail est essentiel, car plus cette distance sera grande, plus le ventre le sera à son tour. D’où la nécessité de réduire cette distance au maximum pour bien contrôler sa ligne, comme ci-dessous :

plomb3

La forme du plomb a son importance aussi. La sphère est de loin la meilleure solution, puisque elle offre le meilleur rapport poids/volume, et son hydrodynamisme est l’un des plus performant, contrairement au plomb poire, banane, goutte d’eau ou je ne sais quoi encore. La plupart des poissons et des mammifères marins ont la forme d’une torpille : une tête massive et ronde et un corps effilé. Cette tête ronde sert à « ouvrir l’eau », principe qui a inspiré l’étrave en forme de bulbe des grands pétroliers. Sous l’eau, les principes de l’aérodynamisme ne sont plus valables, et la forme « fusée » ne donne pas de bons résultats. Seuls les nouveaux plombs disques utilisés pour le Downrigger sont peut-être meilleurs, à condition qu’il n’y ait pas de courant...

 J’utilise des plombs avec émerillon, car il-y-a toujours d’inégales répartitions de masse au cours du moulage, le plomb se positionne ainsi tout seul de manière optimale, car un plomb déséquilibré peut entraîner des vibrations gênantes sur la ligne.

Pour ce qui est des grammages, la règle de 100gr pour 10m est valable en traîne à vitesse moyenne (5km/h). On pêchera donc avec 300gr de plomb pour 30m et 1 kg pour 100m. Mais comme je l’ai déjà dit, à l’exception des corégones et des ombles chevaliers, il n’y a guère de poissons en lac au-delà de 30m, et les lests d’1 kg et plus sont le domaine des pêches au treuil (plombier et Downrigger) que je n’évoquerai pas ici. Jusqu’à 200gr, les plombs » bombe » utilisés pour la carpe conviennent, mais au-delà il n’y-a-pas grand-chose de sphérique sur le marché… Je fabrique donc des moules en plâtre à partir d’empreinte de balles de ping-pong ou de cochonnets (oui, ceux de la pétanque !) qui me donnent des poids avoisinant les 300gr, faute de mieux. Je peins ces plombs en gris clair, question de discrétion, mais peut-être aurai-je plus de touches s’ils étaient peints en rouge, qui sait ? Question à creuser.

Revenons au triangle et à ses variations : son inconvénient est qu’il est généralement fixe, et que les derniers mètres doivent se remonter à la main, avec les risques que l’on devine. J’ai donc imaginé un système coulissant se bloquant facilement à l’endroit que l’on désire, et se débloquant tout aussi facilement en cas de prise. J’ai appelé ça le système du « cure-dent », vous allez comprendre pourquoi. C’est enfantin à réaliser. Vous n’avez besoin que de quelques tubes anti-tangle utilisés par nos amis carpistes, d’agrafes anglaise N°4 et de cure-dents comme en trouve dans les grandes surfaces par bottes de 100.

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 Il faut d’abord couper de petites sections de 2cm dans les tubes et les chauffer légèrement aux deux extrémités avec un briquet de manière à obtenir une collerette, puis clipser l’agrafe anglaise entre les deux. L’agrafe permet évidemment de changer rapidement de plombée suivant la profondeur à atteindre.

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Il ne reste plus qu’à faire passer le fil, et positionner le tube où vous voulez sur la ligne, grâce au cure-dent.

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C’est pour cette raison que j’utilise du nylon, car il glisse moins que la tresse avec ce système. C’est solide, ça n’abime pas la ligne et quand le plomb arrive près du scion de votre canne, il suffit d’enlever le cure-dent entre le pouce et l’index pour le faire repartir jusqu’au bas de ligne. Vous pourrez ainsi combattre le poisson jusqu’au bout sans être gêné par la plombée.

Reste à déterminer la longueur entre le plomb et le leurre, objet d’âpres discussions entre spécialistes. Personnellement, je pêche plutôt court (- de 3m) mais rien ne vous empêche d’allonger le tir… En fait, cela dépend des conditions de pêche, comme nous allons le voir. Rappelez-vous que plus vous voulez pêcher loin du bateau, plus vous devez allonger votre bas de ligne, et non pas votre ligne mère.

 Plusieurs cas de figure s’offrent à nous au cours d’une partie de pêche, mais il faut toujours avoir à l’esprit l’image du compas : La pointe, c’est le leurre, le crayon, c’est votre bateau. Plus le leurre est éloigné du bateau, et moins il est sensible à ses évolutions. Pour que votre leurre obéisse au doigt et à l’œil à chaque coup de volant ou de barre franche, il faudrait qu’il soit situé pile-poil sous le moteur, ce qui n’est jamais le cas bien sûr. Les virages que vous effectuerez au cours de votre navigation ne feront que ralentir ou accélérer votre leurre, mais ne le feront pas changer de direction, ou alors imperceptiblement. Et si vous effectuez un virage à 180°, votre leurre restera parfaitement immobile !

 Voilà pourquoi, lorsque je traîne près du bord, j’essaye de placer ma plombée le plus possible à la verticale de la canne, quitte à augmenter le poids, et que je tiens mes leurres en laisse assez courte, pour qu’ils réagissent rapidement aux impulsions du bateau. C’est vital pour éviter rapidement les obstacles que l’on voit (ou pas !) au dernier moment, notamment les arbres immergés.

N’oubliez pas non plus que vous avez droit à deux cannes, donc plutôt que de ratisser large à la même profondeur, il vaut mieux essayer de pêcher à deux niveaux différents. Ex : un poisson nageur sans plombée à 3/4 m de profondeur et à 20 m du bateau et un leurre souple à 15 m de profondeur et à 10m du bateau, tout en changeant régulièrement de leurre. Il faut de toute façon souvent remonter les lignes pour vérifier l’état des leurres, une algue ou un bout de plastique pouvant les rendre inopérants sans que vous ne vous en doutiez. Faites attention, il est fréquent d’avoir une touche à ce moment-là !

En pleine eau et au large, on peut allonger un peu la bride, mais  ne pas dépasser  les 30 m de ligne sortie, avec 5 m maxi entre le leurre et le plomb, ne serait-ce que pour ne pas s’emmêler avec les autres pêcheurs !

 

 

2.   La plombée terminale

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Une autre manière plus naturelle consiste à placer le plomb à l’extrémité de la ligne mère et de fixer des empiles au-dessus, comme on le fait pour la pêche au plombier. Cette méthode a l’avantage de pouvoir pêcher plus près du fond que la première sans trop s’accrocher, surtout si vous fixez le plomb à l’aide d’un brin cassant. La présentation est peut-être moins discrète, mais c’est efficace quand on veut vraiment  raser le fond.  C’est un peu une sorte de dropshot musclé ! On peut bien sûr pêcher en pleine eau, surtout quand on veut positionner plusieurs leurres sur la ligne (deux dans mon cas). C’est donc le montage idéal pour pêcher à l’ondulante légère.

Pour positionner mes leurres, je garde le système du cure-dent, avec empiles espacées de 3 m comme dans le schéma ci-dessous. Ces empiles (toujours en acier !) seront plus fines que dans la première méthode : 5 kg en moyenne, et un peu plus courtes (50cm).  Par précaution je mets un morceau de cure-dent à chaque extrémité du tube, afin qu’il ne glisse pas à la touche. On peut préférer un montage fixe avec nœuds ou émerillons pater-noster, mais franchement, quand vous aurez utilisé mon système, vous conviendrez qu’il est le plus simple et le plus pratique !

J’ai cité l’ondulante, mais on peut aussi monter des poissons nageurs et des leurres souples de taille moyenne (10cm). Si vous prenez des leurres plus gros ou qui tirent trop fort, vous serez obligé de mettre beaucoup plus de poids en bas (plus de 500gr), ce qui nuit à la discrétion. On s’attaque donc à des poissons plus petits mais les grosses surprises peuvent arriver, donc n’oubliez pas de régler très soigneusement votre frein.

Il existe bien sûr d’autres systèmes de plombée dont je reparlerai à l’occasion, mais je tiens avant tout à privilégier la simplicité, l’expérience prouve que c’est ce qui fonctionne le mieux.


3.   Mener sa barque…

La vitesse de traîne en lac doit être assez faible, autour de 3 à 5km/h, c’est-à-dire la vitesse d’un promeneur à pied. Marquer des arrêts fréquents, puis des redémarrages est toujours bénéfique, mais à ce petit jeu vous allez user rapidement votre batterie, surtout si votre moteur n’est pas muni d’un variateur électronique. Il vaut donc mieux faire quelques virages, ou freiner légèrement la barque à l’aviron de manière irrégulière. Notez que certains pêcheurs ne pêchent qu’à l’aviron, ce qui donne un rythme très aguichant pour le poisson, à condition bien sûr d’être d’avoir des biceps en acier trempé !

La pêche à la traîne n’est pas une pêche statique : vous pouvez aussi tenir la canne à la main et donner des coups de scion pour animer le leurre de temps à autre, comme vous le feriez au lancer, c’est souvent payant. Parfois, cela ressemble à une dérive continue. La frontière entre pêche à la traîne et dérive « dynamique » est souvent floue…

 

 

Texte, photo et dessins : Jean-Paul Charles (et Michel Lonfat pour le brochet!)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Pêche est un art...

Bienvenue sur mon blog, dédié à la pêche en lac dans le Sud-Est de la France.

Grand amateur de leurres depuis plus de trente ans, je n'en aime pas moins toutes les formes de pêche. Vous trouverez ici des techniques, des tests de matériel, des coins de pêche, des reportages, des coups de gueule et des digressions dont j'ai le secret... Ma parole est libre.

Vous pourrez lire aussi dans l'onglet "dossiers" certains des articles que j'ai publié dans le blog de mon ami Sylvain l'Esoxiste, infatiguable journaliste halieuthique et grand pêcheur devant l'Eternel.

Pour moi, la pêche est un art; un art de vivre et un art tout court.

Sectaires, intégristes, maniaques ou psychorigides halieuthiques : Passez votre chemin! Ce blog n'est pas pour vous.

Curieux, ouverts, contestataires ou bretteurs, j'accepterai volontiers de débattre avec vous, si vous avez le sens de l'humour!

Bonne lecture.

 

Jean-Paul Charles